Tapinoma magnum Mayr, 1861, une nouvelle espèce de fourmi introduite en Suisse (Hymenoptera, Formicidae)
Author
Freitag, Anne
MusÉe cantonal de zoologie, Pl. de la Riponne 6, CH- 1005 Lausanne;
anne.freitag@vd.ch
Author
Cherix, Daniel
DÉpartement d’Ecologie et d’Evolution, Biophore, UniversitÉ de Lausanne, CH- 1015 Lausanne;
daniel.cherix@unil.ch
text
Entomo Helvetica
2019
2019-06-01
12
99
110
journal article
10.5169/seals-985865
1662-8500
8072390
Tapinoma magnum
Mayr, 1861
(
Formicidae
, Dolichoderinae)
Tapinoma magnum
appartient au complexe d’espèces connu sous le nom
T. nigerrimum
(Nylander, 1856)
qui comprend quatre espèces distinctes à distribution essentiellement méditerranéenne (
Seifert et al. 2017
). Jusqu’à la révision de
Seifert et al. (2017)
, les différentes espèces étaient très souvent confondues et la littérature antérieure à 2017 traitant de
T. nigerrimum
concerne potentiellement l’une ou l’autre des espèces de ce groupe. Celles-ci sont difficiles à distinguer entre elles (
Seifert et al. 2017
), mais elles se diffÉrencient des autres
Tapinoma
europÉennes entre autres par un très fort polymorphisme des ouvrières (
Fig. 1
), les plus grands individus possÉdant une tête dont la largeur dÉpasse
0.9 mm
(
Seifert 2012
).
Tapinoma magnum
est prÉsente sur une grande partie du pourtour mÉditerranéen, en Afrique du Nord, en
Italie
, en
Corse
, en Sardaigne et dans le Sud de la
France
(
Seifert et al. 2017
). Depuis les années 2000, elle est observée plus au nord en Europe, dans des zones urbaines ou suburbaines où elle est devenue envahissante (
Seifert et al. 2017
).
Lenoir & Galkowski (2017)
l’ont observée en 2008 dans la banlieue de Bordeaux, puis en 2017 dans deux villes des Pyrénées-Atlantiques.
Heller (2011)
la signale en
Allemagne
dans le Rheinland-Pfalz dès 2009. En 2013, elle est découverte aux
Pays-Bas
à Wageningen par
Noordijk (2016)
, puis en 2014 en
Belgique
à Ostende par
Dekoninck et al. (2015)
. Tous ces sites se caractÉrisent par la prÉsence de l’espèce dans des milieux fortement anthropisés tels que parking de centre commercial, quartiers résidentiels, trottoirs pavés, bords de route. L’expansion de
T. magnum
vers le nord de l’Europe est sans doute due à du transport passif, par exemple avec des plantes, buissons ou arbres en pot d’origine méditerranÉenne (
Heller 2011
,
Lenoir & Galkowski 2017
,
Seifert et al. 2017
).
Tapinoma magnum
est fortement polygyne et souvent supercoloniale. Au sein du groupe
nigerrimum
, c’est l’espèce avec le plus fort potentiel envahissant (
Seifert et al. 2017
). En rÉgion mÉditerranÉenne,
T. magnum
est particulièrement abondante dans les milieux ouverts instables ou dégradés, avec une forte influence anthropique et un faible développement de la strate arborée. Elle forme des nids souterrains, souvent très Étendus et pouvant atteindre
1 m
de profondeur, les entrÉes des galeries se signalant par la prÉsence de petits cônes de particules de sol excavÉes (
Seifert et al. 2017
). Les ouvrières fourragent en longues colonnes souvent très denses, longeant volontiers les bords de trottoirs, murs et murets. Elles se nourrissent de liquides sucrés, tels que miellat d’homoptères, nectar de plantes ou jus sucré sur des fruits, et chassent des petits invertébrés morts ou vivants (
Cerda et al. 1989
,
Heller 2011
,
Noordijk 2016
).